Meta s’apprête à imposer de nouvelles restrictions aux adolescents sur Instagram et Facebook aux États-Unis. Le groupe a conclu un accord avec les procureurs généraux de dizaines d’États américains, dans un contexte de forte pression sur la protection des mineurs en ligne.
Les utilisateurs âgés de 13 à 17 ans seront désormais limités par défaut à deux heures d’utilisation quotidienne cumulée sur les deux plateformes. Ils ne pourront plus accéder normalement à Instagram et Facebook entre minuit et 6 heures du matin, sauf pour utiliser les services de messagerie.
Les notifications seront également mises en sourdine pendant certaines plages horaires, notamment la nuit et durant les heures de cours. L’objectif affiché est de réduire les sollicitations permanentes et de limiter les usages prolongés chez les plus jeunes.
Likes, filtres et pression sociale davantage encadrés
L’accord prévoit aussi un encadrement plus strict des fonctionnalités susceptibles d’accentuer la pression sociale ou les préoccupations liées à l’apparence. Les compteurs de « likes » et certaines réactions sur les contenus des adolescents seront moins visibles par défaut.
Les filtres reproduisant des effets de chirurgie esthétique seront, eux, interdits pour les utilisateurs mineurs. Meta devra également améliorer ses outils de détection de l’âge afin de mieux identifier les adolescents présents sur ses plateformes.
Ces mesures doivent être déployées dans les six mois dans les États concernés. Les réglages pourront toutefois être assouplis par un parent, à condition que son compte soit associé à celui de l’adolescent.
Un accord à plusieurs milliards de dollars
Le volet financier de la transaction est tout aussi lourd. Meta devrait verser jusqu’à plus de 17 milliards de dollars dans le cadre de l’accord conclu avec les États américains. Avec un règlement distinct signé avec le Texas, le montant global dépasserait 18 milliards de dollars.
Une partie de cette somme sera versée sur plusieurs années et devra financer des actions liées aux dommages attribués à l’usage des réseaux sociaux par les jeunes.
Cet accord ne met toutefois pas fin à l’ensemble des procédures visant Meta. La Floride a refusé d’y participer et entend poursuivre sa propre action. D’autres plaintes déposées par des familles ou des établissements scolaires contre Meta et d’autres plateformes restent également en cours.
Meta conteste toute responsabilité
La transaction intervient alors que le groupe faisait face à un procès d’ampleur aux États-Unis. Une coalition d’États accusait Meta d’avoir conçu des fonctionnalités favorisant une utilisation excessive de ses plateformes et d’avoir contribué à des troubles chez les adolescents.
Meta conteste ces accusations. L’accord conclu ne vaut donc pas reconnaissance de responsabilité de la part du groupe.
Le patron d’Instagram, Adam Mosseri, et le dirigeant de Meta, Mark Zuckerberg, avaient été appelés à s’expliquer dans le cadre de cette procédure. Les débats avaient notamment porté sur les outils de pause proposés aux jeunes utilisateurs et sur leur efficacité réelle.
Une pression sur tout le secteur
Meta veut désormais pousser ses concurrents à adopter des règles comparables. Le groupe appelle TikTok, Snapchat et YouTube à rejoindre la même démarche, estimant qu’une restriction appliquée à une seule plateforme risquerait simplement de déplacer les usages des adolescents vers d’autres applications.
Le mécanisme financier de l’accord va dans ce sens. Une partie supplémentaire des sommes prévues dépendrait de l’adoption de mesures similaires par certaines plateformes concurrentes. Si TikTok, Snapchat et YouTube acceptaient toutes un cadre comparable, la limite d’utilisation fixée par Meta pourrait être abaissée à une heure par jour.
Cette offensive intervient après plusieurs années de procédures et de débats aux États-Unis sur l’impact des réseaux sociaux chez les mineurs. Pour Meta, l’accord permet de tourner une partie du contentieux. Pour les autorités américaines, il marque une nouvelle étape dans la volonté d’imposer aux grandes plateformes des règles plus strictes lorsqu’elles s’adressent aux adolescents.
Reste à savoir si ces restrictions produiront l’effet attendu. Limiter Instagram et Facebook peut réduire l’exposition des jeunes à ces deux plateformes. Mais si les adolescents basculent simplement vers d’autres applications, l’impact pourrait rester limité. C’est tout l’enjeu du bras de fer que Meta cherche désormais à élargir à l’ensemble du secteur.


